Proudhon on… capital and usury.

In chapter 4 of Qu’est-ce que la Propriété, Proudhon presents ten reasons why the concept of property is incoherent. The first reason (property is incoherent because it demands something from nothing) pertains to capital and usury (profit/rent/interest), so I thought it was especially interesting from a mutualist standpoint. Here are parts from pages 141 to 144.

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Le travail de l’homme ne consistât-il qu’en une simple appréhension de la main, il n’y a pour lui valeur produite que lorsqu’il s’est donné cette peine: jusque-là le sel de la mer, l’eau des fontaines, l’herbe des champs, le bois des forêts, sont pour lui comme s’ils n’étaient pas. La mer, sans le pêcheur et ses filets, ne donne pas de poissons; la forêt, sans le bûcheron et sa cognée, ne fournit ni bois de chauffage ni bois de service; la prairie sans le faucheur, n’apporte ni foin ni regain…

Les capitaux, les outils et les machines sont pareillement improductifs. Le marteau et l’enclume sans forgeron et sans fer, ne forgent pas; le moulin, sans meunier et sans grain, ne moud pas, etc. Mettez ensemble des outils et des matières premières; jetez une charrue et des semences sur un sol fertile; montez une forge, allumez le feu et fermez la boutique, vous ne produirez pas d’avantage…

Enfin, le travail et les capitaux réunis, mais mal combinés, ne produisent encore rien. Labourez un désert de sable, battez l’eau des fleuves, passez au crible des caractères d’imprimerie, tout cela ne vous procurera ni blé, ni poissons, ni livres…

Les instruments et capitaux, la terre, le travail, séparés et considérés abstractivement, ne sont productifs que par métaphore. Le propriétaire qui exige une aubaine pour prix de service de son instrument, de la force productive de sa terre, suppose donc un fait radicalement faux, savoir, que les capitaux produisent par eux-mêmes quelque chose; et en se faisant payer ce produit imaginaire, il reçoit, à la lettre, quelque chose pour rien.

Objection. Mais si le forgeron, le charron, tout industriel en un mot, a droit au produit pour les instruments qu’il fournit, et si la terre est un instrument de production, pourquoi cet instrument ne vaudrait-il pas à son propriétaire, vrai ou supposé, une part dans les produits, comme cela a lieu pour les fabricants de charrues et de voitures?

Réponse. C’est ici le noeud de l’énigme, l’arcane de la propriété, qu’il est essentiel de bien démêler, si l’on veut comprendre quelque chose aux étranges effets du droit d’aubaine.

L’ouvrier qui fabrique ou qui répare les instruments du cultivateur en reçoit le prix une fois, soit au moment de la livraison, soit en plusieurs payements; et ce prix une fois payé à l’ouvrier, les outils qu’il a livrés ne lui appartiennent plus. Jamais il ne réclame double salaire pour un même outil, une même réparation: si tous les ans il partage avec le fermier, c’est que tous les ans il fait quelque chose pour le fermier.

Le propriétaire au rebours ne cède rien de son instrument: éternellement il se fait payer, éternellement il le conserve.

En effet, le loyer que perçoit le propriétaire n’a pas pour objet les frais d’entretien et de réparation de l’instrument; ces frais demeurent à la charge de celui qui loue, et ne regardent le propriétaire que comme intéressé à la conservation de la chose. S’il se charge d’y pouvoir, il a soin de se faire rembourser de ses avances.

Ce loyer ne représente pas non plus le produit de l’instrument, puisque l’instrument par lui-même ne produit rien: nous l’avons vu tout à l’heure, et nous le verrons mieux encore par les conséquences.

Enfin, ce loyer ne représente pas la participation du propriétaire dans la production, puisque cette participation ne pourrait consister, comme celle du forgeron et du charron, que dans la cessation de tout ou de partie de son instrument, auquel cas il cesserait d’être propriétaire, ce qui impliquerait contradiction de l’idée de propriété.

Donc entre le propriétaire et le fermier il n’y a point d’échange de valeurs ni de services; donc, ainsi que nous l’avons dit dans l’axiome, le fermage est une véritable aubaine, une extorsion fondée uniquement sur la fraude et la violence d’une part, sur la faiblesse et l’ignorance de l’autre. Les produits, disent les économistes, ne s’achètent que par des produits. Cet aphorisme est la condamnation de la propriété. Le propriétaire ne produisant ni par lui-même ni par son instrument, et recevant des produits en échange de rien, est un parasite ou un larron. Donc, si la propriété ne peut exister que comme droit, la propriété est impossible.

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Man’s work consists in simple apprehending of the hand, and there is for him no value produced before he does this: to the salt of the seas, the water of the fountains, the herbs of the fields, the wood of the forests, are for him as if they were not. The sea, without fishermen and his nets, gives no fish; the forest, without the lumberjack and his axe, gives no wood; the field without the reaper, gives no hay.

Capital, tools and machines are equally unproductive. The hammer and anvil without blacksmith and iron, don’t forge; the windmill, without miller and grain, don’t mill, etc. Put together tools and raw materials; throw a plough and grain on fertile soil; build a forge, start the fire and close up the shop, you won’t produce any more…

Finally, work and capital badly united still produce nothing. Plough a desert, whip river water, sift printed characters, none of this will give you wheat, fish or books…

Instruments and capital, land, work, considered separately and abstractly, are productive only metaphorically. The owner who demands rent as a price for using his instrument, the productive strength of his land, supposes a fact which is radically false, being, that capital produces by itself; and by being paid this imaginary product, he receives, strictly speaking, something for nothing.

Objection. But if the blacksmith, the wheelwright, in a word all industrialists, has a right to products for the instruments he gives out, and if land is an instrument of production, why would this instrument not give its owner, real or supposed, a part of the products, as this is the case for plough or carriage makers?

Answer. Herein lies the knot of the enigma, the arcana of property, which is essential to untangle, if we wish to understand anything about the strange consequences of the right to usury.

The worker who makes or repairs the farmer’s instruments receives their price once, either at the time of delivery, or in multiple payments; and this price being then paid by the worker, the tools he delivered are no longer his. Never will he demand double wages for the same tool, the same repairs: if every year he shares with the farmer, it is because every year he does something for the farmer.

In contrast to this, the owner gives up nothing of his instrument: eternally he gets paid, eternally he keeps it for himself.

Indeed, the rent charged by the owner does not serve to maintain or repair the instrument; these charges are always imposed on the renter, and only concern the owner as person interested in the instrument’s preservation…

The rent also does not represent the instrument’s products, since the instrument by itself produces nothing: we saw this before, and will realize it even better by its consequences.

Finally, the rent does not represent the owner’s participation in the production, since this participation, like that of the blacksmith or the wheelwright, can only consist in the surrender of a part or the whole of his instrument, in which case he would cease to be owner, which would imply contradiction in the idea of property.

Therefore, between the owner and the farmer there is no trade of values or services; therefore, as we said in the axiom, tenant farming is actually rent, an extortion solely founded, on one hand, on fraud and violence, and on the other hand, on weakness and ignorance. Products, say the economists, are bought only with products. This aphorism condemns property. The owner, who produces nothing by himself or through his instrument, receiving products in exchange for nothing, is a parasite or a thief. Therefore, if property cannot exist as anything but a right, it is incoherent.

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