Proudhon on… the moral sense.

Continuing my Proudhon quotes, here is Proudhon’s discussion of the moral sense, as well as the difference between human beings and other animals.

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Le droit est l’ensemble des principes qui régissent la société; la justice, dans l’homme, est le respect et l’observation de ces principes. Pratiquer la justice, c’est obéir à l’instinct social; faire un acte de justice, c’est faire un acte de société. Si donc nous observons la conduite des hommes entre eux dans un certain nombre de circonstances différentes, il nous sera facile de reconnaître quand ils font société et quand ils ne font pas société; le résultat nous donnera, par induction, la loi.

Commençons par les cas les plus simples et les moins douteux.

La mère qui défend son fils au péril de sa vie, et se prive de tout pour le nourrir, fait société avec lui; c’est une bonne mère: celle au contraire qui abandonne son enfant est infidèle à l’instinct social, dont l’amour maternel est une des formes nombreuses; c’est une mère dénaturée.

Si je me jette à la nage pour retirer un homme en danger de périr, je suis son frère, son associé; si au lieu de le secourir je l’enfonce, je suis son ennemi, son assassin.

Quiconque fait l’aumône, traite l’indigent comme son associé, non, il est vrai, comme son associé en tout et pour tout, mais comme son associé pour la quantité de bien qu’il partage avec lui: quiconque ravit par la force ou par addresse ce qu’il n’a pas produit détruit en soi-même la sociabilité, c’est un brigand.

Le samaritain qui relève le voyageur étendu dans le chemin, qui panse ses blessures, le réconforte et lui donne de l’argent, se déclare son associé, son prochain; le prêtre qui passe auprès du même voyageur sans se détourner, reste à son égard inassocié, ennemi.

Dans tous ces cas, l’homme est mû par un attrait intérieur pour son semblable, par une secrète sympathie, qui le fait aimer, conjouir et condouloir: en sorte que, pour résister à cet attrait, il faut un effort de la volonté contre la nature.

Mais tout cela n’établit aucune différence entre l’homme et les animaux. Chez eux, tant que la faiblesse des petits les rend chers à leurs mères, en un mot les leur associe, on voit celles-ci les défendre au péril de leurs jours avec un courage qui rappelle nos héros mourant pour la patrie. Certaines espèces se réunissent pour la chasse, se cherchent, s’appellent, un poète dirait, s’invitent à partager une proie; dans le danger on les voit se porter secours, se défendre, s’avertir… Ajoutons cependant, pour être juste en tout, que ces démonstrations si touchantes de société, de fraternité, d’amour du prochain, n’empêchent pas les animaux de se quereller, de se battre et de se déchirer à belles dents pour leur nourriture et leurs galanteries; la ressemblance entre eux et nous est parfaite.

L’instinct social, dans l’homme et dans la bête, existe du plus au moins: sa nature est la même. L’homme est plus nécessairement, plus constamment associé; l’animal paraît plus robuste contre la solitude. Dans l’homme, les besoins de société sont plus impérieux, plus complexes; dans la bête, ils semblent moins profonds, moins variés, moins regrettés. La société, en un mot, a pour but, chez l’homme, la conservation de l’espèce et de l’individu; chez les animaux, beaucoup plus la conservation de l’espèce.

Il y a pourtant une différence entre nous autres bimanobipèdes et le reste des vivants; quelle est-elle?

[C]’est par la réflexion et le raisonnement dont nous paraissons exclusivement doués que nous savons qu’il est nuisible, d’abord aux autres, ensuite à nous-mêmes, de résister à l’instinct de société qui nous gouverne, et que nous appelons justice; c’est la raison qui nous apprend que l’homme égoïste, voleur, assassin, traître à la société, en un mot, pèche contre la nature, et se rend coupable envers les autres et envers lui-même losqu’il fait le mal avec connaissance; c’est enfin le sentiment de notre instinct social d’une part et de notre raison de l’autre qui nous fait juger que l’être semblable à nous doit porter la responsabilité de ses actes.

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Rights are the set of principles regulating society; justice, in man, means to respect and follow those principles. To pursue justice is to obey social instinct; to perform an act of justice is to perform an act of society. If then we observe men’s conduct towards each other in a number of different circumstances, it will be easy for us to recognize when they are in society and when they are not; the result will give us, by induction, the law.

Let us start by the simplest and least dubious cases.

The mother who defends her son with her life, and deprives herself of all to feed him, is in society with him; she is a good mother: the one who abandons her child is unfaithful to social instinct, of which material love is one of numerous forms; she is being unnatural.

If I dive in to save a man in fatal danger, I am his brother, his associate; if instead of saving him I drown him, I am his enemy, his assassin.

Whosoever gives alms, treats the pauper as his associate, not, it is true, as his associate in everything, but as his associate for the quantity of goods he shares with him: whosoever steals by force or skill what he did not produce destroys sociability in himself, he is a brigand.

The good samaritan who helps up the traveler laying on the road, who dresses his wounds, comforts him and gives him money, declares himself his associate, his kin; the priest who passes by the same traveler without even looking back, stays towards him non-associated, enemy.

In all cases, man is moved by an innate appeal for his fellows, by a secret sympathy, which makes him love, and suffer and enjoy when others suffer and enjoy: so that resisting this appeal requires an effort of the will against human nature.

But none of this establishes any difference between man and the animals. In them, as long as the weakness of their young makes them dear to their mothers, in a word joins them, we see the latter risk their lives to defend them with a fearlessness that reminds us of our heroes dying for the motherland. Certain species form groups for the hunt, look for each other, call each other, a poet would say, invite each other to share prey; in danger we see them help each other, defend each other, warn each other… Let us add, to be fair, that these touching demonstrations of society, of fraternity, of brotherly love, don’t stop animals from quarreling, fighting each other and rip each other to pieces for their food and mating; the resemblance between them and us is therefore perfect.

The social instinct, in man and in the beast, exists from the most to the least: its nature is the same. Man is more necessarily, more constantly associated; other animals seem more able to withstand solitude. In man, social needs are more imperious, more complex; in the beast, they seem less profound, less varied, less missed. Society, in one word, has as goal, for man, the conservation of the species and the individual; for the animals, the conservation of the species is much more important.

But there is a difference between us bipedes and the rest of the living; what is it?

It is by the thought and reasoning of which we appear to be exclusively endowed that we know how harmful it is, first to others, then to ourselves, to resist the social instinct that governs us, and that we call justice; it is reason that teaches us that the egoist, the thief, the assassin, traitor to society, in a word, sins against nature, and makes himself guilty in the eyes of others and himself when he consciously commits evil; it is finally the feeling of our social instinct on the one hand and our reason in the other that makes us judge that beings like us must bear the responsibility of their actions.

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